Sunday 22 Sep 2019


Israël, îlot de calme dans la tempête


N° 1267 – MARDI 3 SEPTEMBRE

 

MOYEN-ORIENT
Israël, îlot de calme dans la tempête

 

L’État hébreu observe avec attention mais à distance la situation en Égypte et en Syrie

En ce mois d’août 2013, il régnait un calme étrange en Israël. Alors que l’Égypte connaissait la « troisième phase  » de sa révolution et que la Syrie voyait sa guerre civile prendre un nouveau virage avec l’emploi d’armes chimiques contre la ville de la Ghouta, les Israéliens profitaient de leur septième été consécutif sans affrontement militaire majeur. Mais les apparences sont souvent trompeuses. Le Moyen-Orient, entré depuis près de trois ans dans une phase de bouleversements majeurs, est revenu au centre de l’attention internationale et charrie les problématiques les plus décisives de l’époque : prolifération nucléaire, armes chimiques, djihadisme. Et Israël tente d’échapper aux vagues intempestives et déchaînées qui se rapprochent de ses côtes.

La stratégie pour laquelle a opté le gouvernement de Benyamin Nétanyahou face aux crises égyptienne et syrienne cet été, est frappée au coin du pragmatisme et relève jusqu’ici du sans-faute. Israël privilégie une position de retrait attentif, insistant sur ses intérêts en coulisse auprès de ses partenaires mais sans jamais prendre le risque de s’afficher au premier plan. La réaction de recourt au pouvoir de l’armée en Egypte en fut une première manifestation. Les dirigeants israéliens ont envoyé des signaux de confiance à l’état-major égyptien, notamment autour de la question du Sinaï. Surtout. Jérusalem s’est activement employée à souligner auprès de ses interlocuteurs américains qu’une critique trop rude du pouvoir d’Abdel Fatah Al Sissi. vice-président égyptien et homme fort du régime, menacerait la sécurité israélienne cl par-là même celle des Américains. Un lobbying puissant auprès des membres du Congrès a ainsi contribué à éviter que l’aide américaine annuelle à l’Egypte (1,3 milliard de dollars par an) ne soit suspendue.

La stratégie de Benyamin Nétanyahou relève jusqu’ici du sans-faute

Le cas syrien est encore plus significatif. Depuis la révélation de l’usage d’armes chimiques très probablement par la IVe division des forces armées de Bachar El Assad, Israël se maintient dans une posture défensive : déclarations condamnant l’usage inacceptable d’armes de destruction massive, appel à une réaction de la communauté internationale, préparation défensive avec le déploiement de batteries anti-missiles, la mobilisation de réservistes et la distribution – difficile – de masques à gaz à la population. L’hypothèse d’une attaque limitée, en termes de durée et d’ampleur, contre Assad constituerait une option acceptable pour Jérusalem. Elle permettrait de rappeler à Damas que l’usage massif d’armes chimiques relève d’un tabou dont l’infraction appellerait inévitablement une riposte. La violence de l’attaque contre la Ghouta a d’ailleurs surpris l’administration israélienne. Les responsables militaires estiment que le commandement loyaliste a pu être dépassé par l’ampleur des dégâts humains causés par les armes chimiques le 21 août, dont le régime syrien avait déjà fait usage dans le passé mais de manière plus limitée. Un mauvais calcul de la force du vent et une concentration particulièrement élevée du sarin auraient peut-être conduit à une perception erronée des conséquences d’un tel bombardement. Des conversations de militaires syriens  paniques par l’ampleur des victimes étouffées par la toxicité des gaz auraient ainsi été captées par les renseignements israéliens et transmis à Washington.

L’inquiétude israélienne est ailleurs. Si une intervention militaire devait avoir lieu – une hypothèse désormais moins certaine après la décision d’Obama de solliciter le vote du Congrès les risques de voir Israël visé existent mais demeurent limités. Les stratèges israéliens doutent de la volonté d’Assad de supporter une riposte de Tsahal qui ne s’empêtrera pas des considérations occidentales pour restaurer sa dissuasion. On considère également à Jérusalem que l’Iran et le Hezbollah ne répliqueront pas si l’attaque américaine est proportionnée et ne cherche pas à destituer Assad. L’inquiétude israélienne est ailleurs : si Obama hésite à lancer une frappe limitée contre un adversaire relativement faible, quel crédit donner aux promesses d’intervention américaine d’une tout autre ampleur contre un Iran qui aurait franchi les lignes rouges nucléaires ?

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