Thursday 02 Apr 2020


Un grand destin français


Attaqué du fait de ses origines juives par ses ennemis politiques, Jean Zay fut un précurseur en matière de politique scolaire et culturelle, un antifasciste convaincu et un martyr de Vichy.

Certains l’ont qualifié de « Jules Ferry » du Front Populaire tant sa vision de l’éducation était novatrice. Mais, avant d’en arriver là, Jean Zay, né en 1904 d’un père juif d’origine lorraine et d’une mère protestante, est, tout d’abord, à Orléans, un jeune avocat brillant réussissant à faire acquitter deux de ses clients qui avaient assassiné les amants de leurs épouses. Puis, en 1932, ce militant du parti radical devient, à 27 ans, le plus jeune député de l’Assemblée Nationale. Il y représente la première circonscription du Loiret où il est réélu, en 1936, en tant que partisan du Front Populaire.

A la surprise générale, Jean Zay est, alors, nommé par Léon Blum au poste de ministre de 1’Education, un domaine dont il est loin d’être un spécialiste. Et, pourtant, ses idées vont révolutionner le monde de l’école. Et, puisque ses projets de réforme sont « bloqués par de nombreuses oppositions, le jeune ministre procède aux changements par la voie règlementaire et l’expérimentation. Ainsi, Jean Zay prolonge la scolarité obligatoire jusqu’à 14 ans, dédouble les classes qui comptent plus de trente-cinq élèves, favorise l’éducation physique… Mais surtout, il démocratise le système éducatif (en l’unifiant) et modernise la pédagogie. Ses « instructions de 1938 », saluées pour leur modernité par le grand pédagogue Célestin Freinet, allègent et refondent les programmes de toutes les matières enseignées et cherchent, en remplaçant la méthode d’autorité par la méthode active, à ce que les élèves puissent réfléchir par eux-mêmes.

 

Bien entendu, tout cela ne plaît pas à ses adversaires d’extrême droite pour qui le juif, franc-maçon et membre de la Ligue des droits de l’homme, Jean Zay, qui, de plus, a écrit, dans sa jeunesse, au cours d’un jeu d’étudiant, un texte antimilitariste qui qualifiait le drapeau de « torche cul », représente tout ce qu’ils détestent.

Du coup, ils se déchaînent. Léon Daudet, l’une des principales figures de l’Action Française, s’élève contre l’action du « juif TorcheZay ». L’écrivain Céline affirme
que « sous le négrite juif Jean Zay, la Sorbonne n’est plus qu’un ghetto » en ajoutant « jevouszay ». « Un juif a entre les mains l’avenir vivant de ce pays » déplore, de son côté, en 1937, l’écrivain Marcel Jouhandeau dans «Le péril juif ». De plus, Jean Zay est un adversaire déclaré d’Hitler, un soutien de l’Espagne Ré
publicaine et un anti-munichois (ce qui estrare à l’époque). II se retrouve, donc, accusé de pousser à la guerre pour ses propres intérêts de juif sans penser à ceux de la France.
De ce fait, il n’est pas étonnant que, suite à la capitulation, le régime de Vichy se déchaîne contre Jean Zay. Qu’il inculpe de désertion après qu’il se fut embarqué avec 26 autres parlementaires sur le Massilia afin de poursuivre la guerre contre les nazis depuis l’Afrique du Nord.

De retour en France, Jean Zay est condamné, après une parodie de procès, à la « déportation perpétuelle» le 4 octobre 1940. Une peine moins sévère que
celle qu’avait réclamé le ministre de l’Information de Vichy, Philippe Henriot, qui souhaitait lui, la condamnation à mort du «juif Jean Zay ». Ce dernier croupit en prison jusqu’au 20 juin 1944 lorsque, deux semaines après le débarquement aliié, il est tiré de sa cellule puis abattu par des miliciens dans une carrière abandonnée de l’Allier.

C’est là que son corps est découvert, par hasard en 1946 par deux chasseurs. Il ne sera identifié qu’en 1948 après l’arrestation de l’un de ses assassins, qui révèla
que l’ancien ministre est mort en criant « Vive la France » Avant cela, en août 1945, Jean Zay avait été réhabilité à titre posthume suite à l’annulation du jugement prononcé contre lui.

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